Droit d'auteur : Carabo
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MONOLOGUE
JOUR J : L’INHUMATION
Il faut que j’aille à la cérémonie par respect pour ma grand-mère et malgré mes
convictions antireligieuses. C’est un cauchemar de plus que d’entendre le curé tenir des propos bien en-dehors de la réalité de la vie. Les discours religieux me semblent déplacés par rapport à
la réalité. C’est une véritable torture morale que je me prends de plein fouet. Je vois ma grand-mère, au premier rang, prête à s’écrouler et soutenue par deux de mes oncles, un à chaque
bras.
Cette fois, s’en est trop, j’étouffe, ma gorge est trop serrée, je ne peux plus respirer. Les larmes coulent sur mon visage, je ne peux plus rien retenir. Il me fait mal avec son discours.
L’église est pleine à craquer, mais je ne sais pas qui est là exactement. Ma tante m’a tendu un kleenex, elle a vu que je n’en pouvais plus. Il est temps qu’on sorte. Le discours est terminé,
tout le monde commence à se lever pour bénir le cercueil et passer devant ma grand-mère. Je ne peux pas me lever. Ma tante me tend la main, je la
suis. Je ne connais pas le signe de croix, je ne sais pas dans quel sens le faire, et puis, quelle importance ? Cela ne ramènera pas mon grand-père ! Je me dirige vers la porte de
sortie, il était temps, j’allais mourir étouffée dans cette église. Nous allons au cimetière, la torture n’est pas finie.
Le cercueil descend en terre tout doucement. Ma
grand-mère le regarde, éplorée. Je m’approche d’elle, je passe mon bras sous le sien pour la soutenir, j’ai peur qu’elle fasse un malaise tellement elle est mal. Et puis je l’entends murmurer
:
- Vivement que je le rejoigne…
- Non, ne dis pas ça, on a besoin de toi nous, répondis-je
en fixant le cercueil.
J’allais avoir peur de perdre ma grand-mère. Allait-elle se battre ? Comment allait-elle assumer la solitude après cinquante ans de vie commune ? Mon grand-père avait une forte
personnalité, il prenait tout en charge. J’avais tellement mal de la voir souffrir. Elle était très entourée par la famille mais je la sentais désespérément seule. Personne ne pouvait apaiser sa
douleur, personne ne pouvait combler ce vide en elle. L’impuissance devant la souffrance me met mal à l’aise. J’aurais préféré souffrir un peu plus pour qu’elle souffre un peu moins. Je sentais
tous mes muscles contractés, j’avais mal partout, mon corps exprimait lui aussi son mal être. Je n’en pouvais plus de cette journée, je me sentais épuisée physiquement et
moralement.
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