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Journal 1996 - 1997

Mercredi 16 septembre 2009 3 16 /09 /Sep /2009 09:47

SEPTEMBRE 1997


Lola a décidé de changer de vie. Elle a expliqué à son père quelle était la nature de notre relation. Elle souhaitait que nous vivions ensemble. S’il nous acceptait, nous pouvions vivre tous les trois, sinon, il était libre de faire sa vie de son côté. Mais je savais qu’il n’aurait jamais quitté Lola car ils étaient très dépendants l’un de l’autre. Son père était prêt à accepter n’importe quoi du moment qu’il pouvait vivre avec elle.

Il n’était pas question que Lola garde sa maison, elle voulait tourner la page. En trois semaines elle a réussi a trouver une autre maison en location. Je ne pensais pas que les événements se précipiteraient aussi vite, je n’avais pas prévenu mes parents de mon prochain départ pour vivre avec une femme…
Ils l’ont appris au dernier moment. J’ai senti que ma mère était un peu perturbée mais elle ne laissait jamais paraître ce qu’elle ressentait. Elle devait considérer que ma vie me regardait, et elle ne voulait pas s’immiscer dans mon histoire.

Malgré tout, elle ne comptait pas se séparer de ma chambre… au cas où… j’avais toujours ma place à la maison. Elle ne pouvait s’empêcher de transférer son propre passé sur moi. Peut-être n’avait-elle qu’un mauvais pressentiment.

 

Nous avons donc emménagé dans une grande maison. Mon oncle et mon beau-père nous ont donné un coup de main pour le déménagement. Lola a dû revendre une partie de ses meubles car financièrement, le décès de Patrice l’avait plongé dans une grande détresse. Elle s’est débarrassée aussi de sa voiture pour en acheter une plus petite et plus économique.
 

Loladéclara un zona peu de temps après notre installation. Elle souffrait énormément. Un ami de l’association Aides nous fit rencontrer sa mère qui avait des dons pour guérir les malades atteint de zona. C’était une « souffleuse de feu ». Lola et moi n’étions pas très convaincues pour ce genre de pratique mais elle souffrait tellement que nous étions prêtes à tout essayer. Après tout, elle ne demandait pas d’argent en retour, et nous ne risquions pas grand chose.

Les soins consistaient à souffler sur les différents endroits atteints par le zona. Elle suivait le cheminement du nerf, car c’est une maladie nerveuse se déclenchant à la suite d’un traumatisme important, un choc psychologique. Nous sommes retournées voir cette femme deux ou trois fois avant de s’apercevoir du bienfait de ses pratiques. C’était assez surprenant, elle guérissait vraiment cette maladie alors que les traitements mettent un temps infini à faire quelques effets.
 

De jour en jour  Lola s’enfonçait dans la déprime. Elle pleurait sans arrêt et surtout, elle fumait le cannabis du matin au soir. Elle s’enfermait dans un cercle vicieux qui nous éloignait l’une de l’autre. Ses soucis d’argent s’amplifiaient bien évidemment, car le cannabis coûte très cher quand on fume tous les jours. La communication devenait impossible entre nous, tout ce qui comptait c’était de se procurer sa merde pour s’enfermer dans sa bulle et ne plus penser à rien. Le cannabis anesthésie le cerveau, soulage les douleurs physiques, et rend asocial.


OCTOBRE 1997


Un soir, après une dispute, j’ai téléphoné à ma sœur pour qu’elle vienne me chercher. Je n’avais pas de voiture, je ne pouvais plus rester dans cette ambiance destructrice après trois semaines de vie commune. Je n’en pouvais plus, je craquais, j’avais besoin de me retrouver face à moi-même et de faire le point. J’ai pris des jours de congés et je suis retourner chez mes parents. Ils ne m’ont posé aucunes questions. Ma mère n’avait rien bouger dans ma chambre. Ma sœur se demandait ce qu’il se passait et je fus assez étonnée de la sentir aussi proche de moi alors que nous avons tellement de mal à nous parler et à nous confier l’une à l’autre. Elle est venue dès que je l’ai appelé, sans chercher à en savoir davantage dans l’immédiat.


J’étais soulagée de retrouver le cocon familial si réconfortant et en même temps, pour moi c’était un échec que je devais assumer. J’ai fait le point pendant une semaine. Je pensais que Lola n’était pas amoureuse de moi. J’avais le sentiment de combler le vide que Patricea laissé derrière lui. Elle avait besoin d’une épaule et j’étais là, comme je l’avais toujours été en fait. Je savais que nous ne ferions pas notre vie ensemble en tant que couple mais que nous serions toujours là l’une pour l’autre. Nos sentiments étaient ambigus à mes yeux. Je l’aimais mais comment aimer quelqu’un si on sait à l’avance que cette personne n’est pas faite pour une vie amoureuse ? J’étais perdue d’un seul coup, mes illusions s’étaient effondrées, je ne voyais plus les choses avec le même regard. Je savais pertinemment que lorsque Lola se serait remise de son deuil, elle referait sa vie avec un autre homme et qu’elle aurait certainement l’enfant qu’elle avait toujours désiré. Elle n’était pas homosexuelle, elle avait seulement retrouvé du réconfort près de moi car j’avais de l’amour à lui donner. L’avenir était sans surprise pour moi.



FIN 

 

Par carabo - Publié dans : Journal 1996 - 1997
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